Frédérique Cuesta
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Mon parcours 8 Septembre 2026

Revenir là où tout a commencé

Un retour en Corse, neuf ans après une première traversée qui a tout changé.

Vue depuis l'avant d'un catamaran, mer bleue et côte rocheuse de Corse à l'horizon

Aéroport d'Ajaccio. Je pose le pied sur le tarmac.

Un souffle chaud — de ceux qui vous prennent par surprise même quand on les attend.

Une odeur de maquis, malgré les réacteurs qui tournent encore.

En quelques secondes, mon cerveau se reconnecte aux sensations olfactives de cette île, plus vite que n'importe quel souvenir volontaire. Le corps se souvient toujours avant la tête.

Dans moins d'une heure, je serai à bord d'un catamaran pour une semaine de navigation dans le sud de la Corse.

Parce que la première fois, c'était en 2017.

Je ne savais pas, alors, que cette traversée allait devenir la ligne de partage de ma vie. On ne le sait jamais sur le moment. Le corps avance, le cœur suit, et ce n'est que bien plus tard qu'on comprend qu'un instant précis a tout fait basculer, en silence.

J'étais commerciale, à l'époque. Un grand groupe pharmaceutique, des objectifs à atteindre chaque trimestre, un salaire confortable qui achetait l'illusion que tout allait bien. J'avançais sans me retourner, en pilote automatique — cette expression qui sonne si moderne et qui décrit en réalité la chose la plus vieille du monde : vivre sans se regarder vivre.

Et puis il y a eu ce bateau. Il y a eu ces visages, ces voix, ces vies différentes de la mienne — une femme qui avait tout quitté, un homme reconverti au fil des saisons, des trajectoires qui ne ressemblaient à aucune ligne droite. Moi qui venais d'un monde de lignes bien tracées, je découvrais qu'on pouvait zigzaguer et vivre quand même. Vivre mieux, même. J'ai commencé à regarder le monde avec une autre paire de lunettes — et une fois qu'on en a changé, impossible de remettre les anciennes.

Naviguer, c'était retrouver un état sauvage. Loin des conventions, loin de tout ce qui m'avait façonnée sans que je le choisisse.

Je me suis reconnectée à moi-même, et la mer a été le support de cette reconstruction silencieuse.

Mais les retours à terre étaient de plus en plus difficiles. Je quittais un monde où chaque journée m'offrait quelque chose à vivre, pour retrouver une vie construite autour de choses à atteindre. Le décalage était brutal — comme si on me redemandait, chaque fois, de rentrer dans une case un peu trop étroite pour ce que j'étais redevenue là-bas.

Il m'a fallu quatre années pour changer de vie. Quatre années pour défaire, fil après fil, une manière de penser tissée depuis longtemps. Quatre années pour oser croire qu'une autre existence était possible, quelque part, pour moi aussi.

Et puis, un jour, je suis sortie de ma prison dorée. J'étais terrorisée, je ne savais pas ce qui m'attendait de l'autre côté. Mais je l'ai fait.

Aujourd'hui, je reviens en Corse, sur un autre catamaran.

Je mesure le chemin parcouru.

Et je retrouve, intactes, les émotions que cette île m'avait offertes la première fois. Je respire l'odeur du maquis, je frotte l'immortelle entre mes doigts jusqu'à ce que son parfum reste sur ma peau. Et je reste là, simplement, admirative devant tant de beauté — celle du paysage, et celle, plus discrète, du chemin qu'il m'a fallu parcourir pour la voir vraiment.

Frédérique

Vous sentez, vous aussi, ce décalage entre une vie qui coche les cases et une vie qui vous ressemble vraiment ? Parlons-en, sans engagement.

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